mercredi 8 février 2017

LE PARISIEN




SERIE 3/5. Ce sont des lieux de vie et de rencontres, où les habitants croisent des acteurs, des réalisateurs, frissonnent, rient et pleurent à l’unisson. Cette semaine, les « petits » cinémas du 93 racontent leurs grands moments, pour le meilleur et le pire. Aujourd’hui, Le Méliès à Montreuil.

A la fin du XIXe siècle, Georges Méliès avait installé à Montreuil le premier studio de cinéma en France. La ville a donné le nom de ce pionnier du 7e art au cinéma d’Art et d’essai de la commune. Depuis son déménagement du centre commercial de Croix de Chavaux à la place Jean-Jaurès, en août 2015, le cinéma est redevenu très attractif avec 310 000 entrées en 2016. Dimanche dernier, le Méliès a même enregistré son record de fréquentation (2 057 entrées). Stéphane Goudet, directeur artistique, dévoile des événements phares de ce grand cinéma indépendant.

LEMEILLEUR SOUVENIR
La rencontre entre Oliver Stone et Arnaud Desplechin en juillet 2004. Nous avions demandé à un cinéaste français de rencontrer un cinéaste étranger. Et Desplechin était très concentré, avec son petit cahier, il voulait vraiment comprendre comment travaillait Oliver Stone, comment il avait fait « Tueurs nés ». Ces rendez-vous sont fructueux et amènent toujours deux publics différents.

LA PLUS BELLE RENCONTRE
Jeanne Moreau était venue au Méliès, en 2005, à l’occasion d’une rétrospective de ses films. Lorsqu’elle est entrée dans la salle, les spectateurs ont chanté en cœur « J’ai la mémoire qui flanche ». Elle s’est mise devant l’écran et a rechanté avec eux. C’était très émouvant, j’ai éclaté en sanglots.

LE PIRE SOUVENIR
Sous le mandat de Dominique Voynet (EELV), la mairie avait déclenché deux enquêtes administratives, en 2012 et 2013, accusant l’équipe du cinéma de détournements de fonds lors des séances non-commerciales (NDLR : ce qui a abouti à la suspension, puis au licenciement de Stéphane Goudet en février 2013). Le tribunal de grande instance de Bobigny a rendu un non-lieu en février 2015, dénonçant une attitude « hâtive » et « politique ». Cette crise a fait perdre de l’argent au cinéma pendant un an et demi, les spectateurs ne voulaient plus y mettre les pieds. En 2014, hormis le candidat écologiste, l’ensemble des candidats aux municipales s’étaient engagés à reprendre l’ancienne équipe.

LA DATE CLÉ
L’ouverture officielle du nouveau Méliès, le 19 septembre 2015. Nous avions organisé un concert symphonique sur la place, rassemblant plus de 2 000 personnes et des débats étaient organisés autour de six films en même temps. Les gens pouvaient se rendre d’une salle à l’autre, pour voir des courts-métrages ou découvrir le lieu. Depuis cette date, nous ne cessons d’accroître notre affluence.
Jérémy Denoyer
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