jeudi 10 septembre 2015

3 OCTOBRE FATIMA

AVANT-PREMIÈRE 
SAMEDI 3 OCTOBRE 20H30
Fatima de Philippe Faucon
(France - 2015 - 1h19)
avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche


RENCONTRE AVEC L'AUTEUR FATIMA ELAYOU


Bande Annonce

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont son moteur, sa fierté, son inquiétude aussi. 



Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires en arabe ce qu'il ne lui a pas été possible de dire jusquelà en français à ses filles.
D’une intelligence rare, ce beau film explore la condition de cette femme coupée du monde par son ignorance du français, par un travail qui la contraint de vivre sur un autre créneau horaire, celui des gens de l’ombre qui partent travailler dans la froidure de la nuit, par le foulard dont elle recouvre ses cheveux. Fatima encaisse. Elle enchaîne un emploi dans une entreprise et des heures chez une femme riche faussement gentille, qui laisse traîner des billets sous son nez pour tester son honnêteté. Fatima ne sait peut-être pas qui est Marx, mais elle a tout compris. « C’est le travail qui empêche de penser », écrit-elle dans le journal qu’elle commence à tenir en arabe, où elle couche sur le papier les peurs, les angoisses, la colère, la fatigue qui font sa vie. Elle ne sait peut-être pas qui est Freud, mais elle sait que si son dos se bloque sans que les médecins puissent déceler le moindre symptôme, c’est que son esprit a mal. La sobriété, si caractéristique de la mise en scène de Philippe Faucon, cette manière élégante de laisser les corps et la parole s’épanouir dans l’espace, est le ressort d’une émotion intense qui en fait tout le prix. Qui est aussi, sans doute, le moyen le plus juste pourtraduire la violence symbolique énorme qui frappe les immigrés de France.
Comment représenter ce racisme latent qui gangrène sournoisement, sous les auspices de
la bonne conscience laïque, la société française, sinon en s’intéressant aux effets qu’il produit sur ses premières cibles, les femmes voilées ? Inspiré du journal de Fatima Elayoubi, femme de ménage marocaine émigrée en France, interprétée avec une sensibilité et une délicatesse bouleversantes par Soria Zeroual, femme de ménage de son état elle aussi, ce mélo social scintille d’un éclat aussi discret qu’intense. Comme un joli petit diamant.
Isabelle Regnier, Le Monde