vendredi 14 août 2015

4 Septembre 2015 Deephan

Vendredi 4 Septembre 20H45 
Dheepan de Jacques Audiard
(France - 2015 - 1h49)
avec Vincent Rottiers, Marc Zinga, Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari
Srinivasan, Claudine Vinasithamby
Palme d’Or - Festival de Cannes 2015

Projection suivie d'une rencontre avec le réalisateur

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se
font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à
peine, ils tentent de se construire un foyer. Ce retour de la violence dans la vie d’un homme
qui l’a fuie, c’est un des rares éléments de scénario qu’on avait eus sur ce film très secret.
Et c’est presque une fausse piste. Car on ne passe pas directement d’une guerre lointaine à
une guerre des dealers bien de chez nous. Dheepan cherche d’abord la paix. Un toit, une
vie normale. Ce désir de banalité, en quelque sorte, c’est le plus grand défi pour Audiard,
dont les personnages suivent toujours des chemins à part. Le gardien de cité sri-lankais
l’est assurément, à part. Mais ce que le film raconte dans une grande première partie, c’est
bien son envie de se fondre dans cet environnement ordinaire de HLM délabrées.

Bande annonce

Et pour montrer ce projet tout simple, Audiard abandonne tous les effets de caméra, de
mouvement, de lumière. Nous voilà dans la chronique dépouillée, sans esbroufe, d’une vie qui recommence et où plus rien n’arrive, heureusement. Alors, le désir renaît : le soldat battu regarde soudain comme une femme celle qui l’a suivi pour sauver sa peau. Il se met à rêver que cette fausse épouse soit vraiment la sienne, sa fausse fille aussi. Et pour sa famille, Dheephan pourrait tuer, encore. La violence qui surgira n’est pas celle d’un polar ou d’un film social, pas celle des gangs. C’est la violence intime d’un homme fait de douceur et de rage. Ce mélange typique du cinéma d’Audiard (le délicat toucher du piano pour jouer Bach et les poings serrés pour donner des coups, c’était pareil) prend ici une forme nouvelle. La sensibilité de Dheepan imprègne le film, qui n’est pas parlé en tamoul la moitié du temps juste par souci de réalisme. On sent un pacte fort entre Audiard et son comédien principal, l’étonnant Jesuthasan Antonythasan. Ensemble, ils ne font pas un film sur le parcours d’un réfugié sri-lankais : ils sont avec Dheepan, homme secret qui ment pour s’en sortir et parle peu, surtout pas de ses blessures, et ne se bat que pour ne plus avoir à se battre. Cette communion change, concrètement, la façon de filmer la violence : Audiard en intériorise les effets, la rend plus abstraite, plus mentale.
Cinéaste plein de tempérament mais cinéaste caméléon aussi, il sait, comme personne,
marcher dans les pas de ses personnages. En suivant ceux de Dheepan, il nous raconte une histoire intrigante, atypique qui prend doucement de l’ampleur et finit par être tout
bonnement émouvante. Maîtrisé en douceur, ce programme fait un film fort et généreux.
Victorieux.
Frédéric Strauss, Télérama