lundi 4 mars 2013

L'Humanité.fr Vendredi 1er Mars 2013


CULTURE -  le 1 Mars 2013
c'est un scandale

À Montreuil, sorcières et balais autour du Méliès

Dominique Voynet poursuit son acharnement contre le Méliès. Licenciement de son directeur et sanctions contre plusieurs salariés, en grève depuis plus de quarante jours.
Quelque chose de pourri dans le royaume de Montreuil ? La guerre entamée par la maire de la ville, Dominique Voynet, contre la salle municipale et son équipe vient de franchir des bornes au-delà desquelles il n’y a plus de limites. Stéphane Goudet, directeur du Méliès, vient de se voir signifier son licenciement sans préavis ni indemnités. Au total, cinq membres de l’équipe sont d’une manière ou d’une autre victimes de sanctions. Mutations arbitraires et refus de titularisation. On se souvient des premières accusations de « détournements de fonds » et « création d’une caisse noire » jetées contre les responsables du Méliès sans le moindre fondement mais largement répandues par une élue du peuple qui ne recule pas devant la diffamation publique.
Pour mémoire, il existe dans tous les cinémas, au Méliès comme ailleurs, une billetterie qui reverse une part des recettes obtenues au CNC (Centre national du cinéma). Elles viennent alimenter la création cinématographique. Une autre billetterie permet à des lieux culturels exigeants de proposer des séances « non commerciales ». Ces caisses sont bien sûr clairement séparées, au vu et au su des spectateurs comme des services de comptabilité. Concernant le Méliès, ces séances étaient annoncées dans la Lettre du cinéma, publication validée par la mairie. Il en va de même des exonérations, contrôlées par le CNC, accordées aux associations de spectateurs, enseignants, accompagnateurs de centre de loisirs, critiques et programmateurs d’autres salles.
En bref, tout ce qui permet aujourd’hui au Méliès de figurer très haut au tableau des salles classées Art et essai, qui diffusent la culture cinématographique au public le plus large. La « découverte » par la mairie de ces noires machinations relève de la lecture des augures dans les entrailles de coq. Est-ce la mission, confiée à grands frais pour le contribuable montreuillois, à l’agence DA Communication, chargée de restaurer l’image d’une action municipale en délitement ? « Nuire à cette image » est l’un des motifs invoqués pour la mise au ban de Stéphane Goudet. Lui est également reprochée la « non-dénonciation d’une irrégularité comptable » dont nous avons démontré ce qu’il en était. Il faudrait donc associer à cet être malfaisant toute la filière cinématographique du pays et peut-être jusqu’au ministère de la Culture. Autre méfait commis par l’impétrant, « le manquement à l’obligation de réserve ». Au vrai, l’outrecuidance de s’être défendu, fait dont on accable beaucoup par les temps qui courent tout salarié s’exprimant par voix de lutte. Le dernier prétexte, ces « insultes subliminales » qu’il aurait distillées sur le Net, achève de nous inquiéter sur le recours au surnaturel qui préside l’action publique à Montreuil, par hypothèse puisée aux fabuleux grimoires du management contemporain ?
Dominique Widemann