vendredi 22 février 2013

Mediapart Vendredi 22 Février 2013


Justice municipale au cinéma Le Méliès de Montreuil


Le 6 décembre 2012, Madame Dominique VOYNET, maire de Montreuil, dépose auprès du procureur de la République une plainte contre X pour détournement de fonds publics au cinéma municipal Le Méliès. Elle suspend trois personnes.
Simultanément une enquête administrative interne à la Mairie de Montreuil est lancée. Les enquêteurs sont chefs de services à la mairie. Les personnes interrogées ne sont pas assistées et n’ont pas accès aux pièces de l’enquête.
Le déroulement de cette enquête a été largement commenté par la Mairie elle-même, au moyen de communiqués, d’interviews dans la presse locale et nationale, et de déclarations publiques aux séances du Conseil municipal. Pendant ce temps les agents suspendus et donc soupçonnés, dont chacun peut connaître l'identité, sont muselés par le "devoir de réserve".
Dans ces déclarations Mme Voynet utilise la plainte contre X et le prestige de la Justice républicaine pour donner de la crédibilité à des accusations les plus farfelues, que nous avons vu s’évaporer au fil du temps.
Il y a quelques jours, une « synthèse » de 15 pages de l’enquête secrète et non contradictoire a été remise à la presse et publiée sur internet à grand renfort d’effets visuels.
Simultanément, les sanctions sont tombées: licenciement du directeur artistique Stéphane Goudet, deux mutations d’office, un non-renouvellement de contrat et une non titularisation. Cinq personnes désormais nommément désignées, sont punies et une équipe est dépecée.
En conclusion, les «X» de la plainte sont identifiés, jugés et condamnés par la justice municipale. L’affaire est entendue. Comme dans un western, le shérif Voynet interpelle, juge et élimine tous les présumés coupables et les collatéraux.
Je m’interroge sur le rôle que la Maire de Montreuil fait jouer, dans cette affaire, à la Justice républicaine; une Justice respectueuse de la présomption d’innocence, des entretiens contradictoires, du droit à une assistance et de la confidentialité de l’instruction. Nous voyons une justice municipale, tout à l’opposé expéditive et partiale, prendre la place de la Justice républicaine.rt