lundi 14 janvier 2013

Télérama 14 Janvier

Télérama  Lundi 14 Janvier 2013

 

Guerre de tranchées entre Dominique Voynet et le cinéma Georges-Méliès de Montreuil

POLÉMIQUE | La maire de Montreuil a déposé plainte pour détournement de fonds contre l'équipe du cinéma.

Le 09/01/2013 à 00h00 - Mis à jour le 14/01/2013 à 13h44
Juliette Bénabent


 

Mardi soir, Laurent Cantet était au cinéma Georges-Méliès de Montreuil pour présenter Foxfire, confessions d'un gang de filles. A chaque nouveau film, ce voisin et habitué du Méliès y assure un débat avec le public. Mais ce soir-là, changement de programme. « Par solidarité avec Stéphane Goudet [directeur artistique du cinéma, ndlr] et avec l'équipe de ce cinéma que j'aime, j'ai décidé de ne pas débattre ici. » Salve d'appaludissements dans la salle, comble. Le débat aura bien lieu, mais au Bar du marché à quelques pas, comme déjà celui autour du film de Michel Leclerc, pour les mêmes raisons.

Qu'est-ce qui provoque cette vague de protestation des amis du Méliès ? La plainte déposée par la maire de Montreuil, Dominique Voynet, le 6 décembre 2012, pour « détournement de fonds publics », qui a abouti à l'ouverture d'enquêtes administrative et de police judiciaire, et à la suspension de Stéphane Goudet ainsi que des deux régisseuses du cinéma. Cette plainte a été suivie à la découverte par deux nouveaux employés du cinéma d'argent liquide et de chèques conservés dans un placard du cinéma, en novembre dernier.

Comptabilité défaillante
La maire parle dans un communiqué du 8 janvier 2013 de « plusieurs dizaines de milliers d'euros de fonds publics (qui) ont été ainsi détournés de leur destination », au fil du temps. L'argent découvert dans le placard (1 800 € selon la maire – et non pas 18 000 comme publié dans Le Parisien – mais autour de 180 € seulement selon le cinéma) correspondrait en partie à une billetterie « non commerciale », c'est-à-dire à des films rares, de recherche, qui n'ont pas reçu de visa du CNC et donc ne peuvent pas faire l'objet d'une billetterie classique ; et en partie à des séances scolaires qui étaient, dit l'équipe, en cours de comptabilisation.

L'équipe du cinéma affirme que l'argent des séances « non commerciales » a toujours été reversé dans les caisses officielles du cinéma. Tout en reconnaissant qu'elle a eu le tort de ne pas tenir de comptabilité pour cette deuxième billetterie – ce qui constitue en effet, au minimum, une faute.

En réalité, les soutiens du Méliès soupçonnnent Mme Voynet de mener une cabale personnelle contre le cinéma et Stéphane Goudet, et la maire, elle, contenant avec peine son exaspération, se demande « si les cinéastes qui soutiennent aveuglément le Méliès sont prêts à couvrir des détournements de fonds ».

Un conflit qui ne date pas d’hier
« Ça ne m'amuse pas de porter plainte, mais j'ai bien l'intention de sauvegarder le projet culturel du Méliès », poursuit-elle. Le conflit remonte à loin. L'ancien maire, Jean-Pierre Brard, battu par Dominique Voynet en 2009, avait promu l'extension du Méliès, qui ouvrira six salles toutes neuves, fin 2013, dans le nouveau centre commercial juste sous les fenêtre de la mairie. Longtemps défavorable à ce projet, Dominique Voynet le trouvait « trop cher » et « soutenait une réhabilitation des trois salles actuelles ».

Mais quand elle prend le pouvoir en 2009, il est trop tard, les contrats sont signés. « Dès lors, je me suis ralliée au projet du nouveau Méliès, et aujourd'hui, je le porte », affirme-t-elle, récusant vigoureusement les accusations qui lui sont faites de négocier en sous-main la vente à MK2 ou UGC du cinéma – dont la ville équilibre les comptes chaque année à hauteur d'environ 250 000 €.

L'enquête de la police judiciaire risque de prendre des mois, avant de mettre au jour d'éventuelles irrrégularités comptables. « Détourner l'agent des séances scolaires, c'est presque impossible tant ces dispositifs sont encadrés, commente une exploitante de province. Mais il est évident que toute billetterie doit faire l'objet d'une comptabilité, sinon comment savoir ce que devient l'argent, comment savoir si les ayant-droits des films sont même rémunérés ? »

La maire promet des décisions rapides,« avant la fin janvier », selon les résultats de l'enquête administrative. Après un conflit sur l'acoustique des nouvelles salles, un autre sur le recrutement d'une directrice administrative et technique, un encore consécutif à un article de presse, sans compter les différends liés à une enquête de la médecine du travail et même à une simple ampoule grillée dans une salle, cette guerre de tranchées entre Dominique Voynet et Stéphane Goudet risque bien d'être la dernière.