mercredi 23 janvier 2013

L'Humanité mardi 22 Janvier

L'Humanité Mardi 22 Janvier 2013

CULTURE -   le 22 Janvier 2013

Cinéma

Voynet veut-elle la peau du Méliès?


À Montreuil (93), les salariés du cinéma Méliès sont en grève et accusent Dominique Voynet de maltraitance.

Rien ne va plus au cinéma Méliès. Et pourtant, on ne peut que vanter la salle municipale de Montreuil classée art et essai. Pour la mémoire, c’est tout près que Georges Méliès avait construit son studio en 1897. Pour le présent, ces trois écrans sont situés en plein centre-ville dans un centre commercial offrant au moins une librairie sympathique. Pour le futur, ces trois écrans doivent prochainement devenir six, soit la première salle d’art et d’essai de France totalisant 1 120 fauteuils avec accès aux handicapés. Jean-Pierre Brard, alors maire de Montreuil, avait vu loin, comme il avait facilité l’installation de nombreux cinéastes dans sa ville. Il ne restait donc plus à Dominique Voynet, gagnante des élections de mars 2008, qu’à poursuivre sur cette lancée. Patatras ! l’élue, dont on n’a pas oublié que son refus du désistement face au mieux placé à gauche lui valut la mairie, a réussi à se mettre tout le monde à dos, au point que le cinéma est actuellement en grève reconductible quotidiennement et que, samedi dernier, une manifestation réunissant six cents personnes malgré un froid glacial a marché de la salle actuelle à la nouvelle avec fin de parcours à l’hôtel de ville. Il est vrai qu’on n’a guère entendu l’édile monter au créneau quand UGC et MK2 ont tenté de faire arrêter l’extension de la salle. En revanche, on l’a entendu récemment menacer l’équipe actuelle, jusqu’à suspendre trois de ses responsables (le directeur artistique et deux régisseuses), accusés par elle d’avoir une « caisse noire ». Ce qui, pour tout un chacun, veut dire s’en mettre indûment dans les poches, bref voler. Sinon que toute personne qui connaît le cinéma sait que toute programmation intéressante nécessite de disposer d’une comptabilité parallèle réservée aux quelques séances où l’on montre des films n’ayant pas de visa d’exploitation commerciale. Cela va d’éléments du patrimoine dont le visa a expiré jusqu’à l’opposé, des avant-premières de titres non encore présentés à la censure, pardon à la commission de contrôle. Foin à l’occasion de la présomption d’innocence. On ne s’étonnera pas qu’aux côtés de la SRF et des réalisateurs montreuillois, Laurent Cantet, Dominik Moll, Dominique Cabrera, Solveig Anspasch, Jean-Pierre Thorn, on ait vu les représentants du Front de gauche et de tous les partis de gauche, ou la CGT, qu’il s’agisse des territoriaux ou de la Fédération du spectacle.

Jean Roy