lundi 24 décembre 2012

Le Parisien 24 Décembre

Le Parisien Mardi 24 Décembre 2012

Bérangère Lepetit | Publié le 24.12.2012, 11h39


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Montreuill : au Méliès, les cinéastes mènent la fronde

samedi, jour de pluie et de vacances, les premières séances de l’après-midi, avec « Ernest et Célestine », « Niko, le petit renne 2 » et « les Bêtes du Sud sauvage », sont pleines à craquer au ciné le Méliès de Montreuil. L’atmosphère est détendue.
Et pourtant, ce cinéma d’art et d’essai de 3 salles, le seul de Montreuil, géré par la mairie depuis dix ans, est en pleine tourmente.
En conseil municipal, jeudi dernier, élus et habitants se sont étrillés sur ces salles qui drainent près de 200000 spectateurs par an. A l’origine de ce psychodrame, la plainte contre X déposée il y a quinze jours par la maire (EELV), Dominique Voynet, pour « détournement de fonds public » en raison de l’existence d’une « caisse noire » dans le cinéma pour les séances non commerciales — notamment pour les scolaires.
Une lettre de Guédiguian, Moll, Cabrera et Anspach
Mais en dix ours, une pétition de soutien lancée par l’association de spectateurs Renc’art au Méliès a réuni près de 2 000 signatures. Et ce week-end, quatre habitants de renom, les réalisateurs Robert Guédiguian, Dominik Moll, Dominique Cabrera et Solveig Anspach, ont pris la plume pour voler au secours de leur cinéma préféré, dénonçant « un climat de délation et de soupçon » mais aussi le « ressentiment personnel » dans cette affaire. Le texte est soutenu par la Société des réalisateurs de films (SRF), organisatrice de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.
« Ce système de double billetterie existe dans tous les cinémas associatifs », plaident par ailleurs les proches du Méliès, qui évoquent « un vide de la réglementation », connu du CNC (Centre national du cinéma). Reste qu’une enquête de la brigade financière du SRPJ (service régional de la police judiciaire) de Paris a débuté et que trois salariés, dont le directeur artistique Stéphane Goudet, ont été suspendus de leurs fonctions avec interdiction d’apparaître au Méliès.
« On ne lâchera pas! C’est une conception spéciale du cinéma qui est menacé et que nous défendons, avec des débats, des films de qualité, des rencontres avec les cinéastes. Tout cela, la maire ne le voit pas d’un bon œil », assure Marie-Madeleine Cornières, de Renc’art au Méliès.
Derrière cette affaire où l’opposition fait bloc contre la maire à un an des élections municipales, l’association voit surtout « un conflit de personnes » entre le populaire Stéphane Goudet, directeur depuis onze ans, et Dominique Voynet qui a porté le projet de déménagement et d’agrandissement du Méliès, fin 2013, dans le nouveau centre-ville.
Les spectateurs, eux, continuent d’affluer. « Ça ne va pas changer ma façon d’aller au cinéma », assure Olivier, un habitué peu préoccupé par le débat. « Mais si ça continue, les réalisateurs ne voudront plus venir à Montreuil », déplorent les membres de Renc’art au Méliès. Il y a quelques jours, le réalisateur Michel Leclerc, venu pour défendre son film « Télé Gaucho », a refusé de débattre dans le cinéma. Il a entraîné toute la salle dans un bar du quartier.