samedi 26 janvier 2013

France Culture Mardi 1er Janvier


France Culture Mardi 1er Janvier 2013


Revue de presse culturelle d'Antoine Guillot

4 minutes

Suite dans les idées et cohérence

L’année 2013 commence avec la réactivation d’un feuilleton qu’on croyait enterré depuis plus de six mois, celui du cinéma Le Méliès à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. “On ne pourra pas dire que Dominique Voynet, premier édile de Montreuil, n’a pas de suite dans les idées, applaudit ainsi Christophe Kantcheff dans sa chronique « A flux détendu » de l’hebdomadaire Politis. En tout cas quand il s’agit de s’en prendre aux agents de la ville, et en particulier au personnel du cinéma Le Méliès. N’étant pas parvenu à débarquer Stéphane Goudet, son directeur artistique, au printemps dernier (c’était là l’objet des épisodes précédents d’un de nos grands feuilletons de 2012), la voici qui tente une autre stratégie. Dominique Voynet a décidé de porter plainte contre X pour détournement de fonds publics au Méliès. Trois salariés, dont Stéphane Goudet, ont été immédiatement suspendus de leur fonction. Raison invoquée : l’existence d’une « caisse noire », qui serait alimentée par une double billetterie.” “Depuis, une enquête préliminaire a débuté, raconte Julien Duffé dans Le Parisien. Le Trésor public auditionne les comptes du cinéma. Une enquête administrative est en cours. « Amère vengeance », répondent les agents du Méliès. Dans un tract de la section CGT du cinéma, ils qualifient l’emploi du terme « caisse noire » de diffamatoire et expliquent que « le système de double billetterie dénoncé n’est que la gestion des séances dites non commerciales, connue de l’administration, des élus ». Et d’assurer enfin que ces séances spéciales, « organisées en toute transparence », ont généré des recettes « intégralement reversées dans le budget du service ». Au cabinet de la maire, on martèle qu’« il est avéré que l’argent de cette deuxième caisse n’est jamais rentré dans la comptabilité municipale : sinon il n’y aurait pas de sujet ». La ville explique que 1 800 € en liquide ont été retrouvés dans des armoires, donc en dehors de la caisse du cinéma, correspondant à la vente de billets en octobre. Le syndicat FSU de la ville a soutenu la démarche judiciaire de la municipalité, évoquant un « préjudice » porté « au service public local ».” “La justice administrative fera son travail, poursuit Christophe Kantcheff dans Politis. Mais il n’est peut-être pas inutile, tandis que de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer des méthodes dignes des patrons les plus brutaux, de rappeler une information dont on imagine difficilement qu’elle fasse défaut à Dominique Voynet. En effet, le très institutionnel Centre national de la cinématographie (le CNC) autorise la double billetterie pour les séances non commerciales. « On entend par séance non commerciale, disent ses règlements, une séance, gratuite ou payante, qui échappe aux dispositions du contrôle des recettes, à savoir qu’elle ne donne pas lieu à l’utilisation d’une billetterie agréée par le CNC, à l’émission et la transmission de bordereaux, et donc à la perception et à l’acquittement de la taxe sur les entrées. Ces séances restent exceptionnelles. »
On ignore pourquoi Dominique Voynet nourrit tant de ressentiment envers le responsable d’un des lieux culturels les plus dynamiques de Montreuil. On veut croire que c’est à cause de nobles considérations. Mais lesquelles ? C’est en tout cas à de telles priorités affichées dans une politique municipale que l’on discerne les grands maires”, salue pour conclure le rédacteur en chef de Politis.
Il aurait pu du même élan saluer la belle cohérence du gouvernement français… “A Bruxelles, le gouvernement se bat pour défendre l’exception culturelle, se réjouit Clarisse Fabre dans Le Monde. Sur les bancs de l’Assemblée nationale, à Paris, c’est une autre histoire… Le projet de loi de finances rectificative 2012, que les députés ont examiné en nouvelle lecture, mardi 18 décembre, vient de le prouver. A cette occasion, le socialiste Patrick Bloche, président de la commission des affaires culturelles espérait pouvoir réparer « un oubli » : depuis le mois de juillet, le spectacle vivant et le secteur du livre bénéficient à nouveau du taux réduit de TVA à 5,5%, comme l’avait promis François Hollande – son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, avait fait augmenter la TVA dans le secteur culturel, entre autres, à 7%. Mais le cinéma n’a pas profité de ces largesses, malgré l’insistance de la ministre de la culture et de la communication, Aurélie Filippetti, et demeure toujours au taux de 7%. « On verra plus tard, le cinéma se porte bien », évacuaient les experts de Bercy. Plus tard, les députés ont vu : le 4 décembre, lors de la première lecture, Jérôme Cahuzac, le ministre délégué chargé du budget, a présenté son projet visant à refondre les taux de TVA à 5%, 10% et 20%. En clair, les secteurs actuellement taxés à 5,5% vont « descendre » à 5% ; ceux taxés à 19,6% vont glisser à 20% ; enfin, ceux taxés à 7% vont grimper à 10%. C’est ce qui est arrivé au cinéma – mais aussi au droit d’auteur, le vote suscitant l’indignation des sociétés de perception de droits (SACD, SCAM…). Le cinéma est la pratique « la plus populaire », a plaidé, en vain, M. Bloche. « Pourquoi ? Parce que le prix moyen d’un billet s’élève à 6,33 euros. Mais une autre taxe s’applique aux billets, à hauteur de 10,72%, dans le cadre du dispositif vertueux de financement du cinéma. L’augmentation du taux de TVA à 10% aboutira donc à taxer la billetterie à plus de 20% ! », a déploré le député socialiste, soutenu par des élus UMP, inquiets pour leurs cinémas en circonscription.
Certes, la mesure n’entrera en vigueur que le 1er janvier 2014, et le gouvernement s’est engagé à relancer le débat, « courant 2013), dans le cadre d’une commission examinant les pertes et les gains attendus de la nouvelle fiscalité. « Votez tout de suite, et nous verrons plus tard, nous dit-on… Cette hausse de TVA, si elle est entérinée, se répercutera soit sur le prix du billet, soit sur les marges des exploitants et des distributeurs. Au final, tout le monde y perdra », regrette le délégué général de la Fédération nationale des cinémas français, Marc-Olivier Sebbag.”
Faudra pas se plaindre si après, ça donne à d’aucuns des envies de caisse noire…

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